Dans le cadre du programme Leader+, Eureners, qui fédère les initiatives environnementales de 5 territoires européens, Portugais (région de Beira Serra), Espagnols(Andalousie, Castille et Navarre) et Provence Verte, je viens de participer aux troisièmes rencontres du projet à GOÏS au
Portugal.
Poussés par l’important exode rural d’un territoire montagneux et inadapté à l’agriculture moderne, accablés par les incendies monstrueux qui au cours de ces 3
dernières années, ont parcouru environ 1/3 des 3 000 000 d’hectares de forêt que compte ce pays, les collectivités locales et les associations ont commencé à se mobiliser, avant
même que l’état portugais ne prennent le problème à bras le corps.
J’ai visité là-bas, des réalisations remarquables qui, à terme, permettront au Portugal de passer du statut d’importateur d’électricité à celui d’exportateur
vers ses voisins[1], tout en protégeant son espace naturel et en fixant la population des zones rurales aujourd’hui
désertées.
J’y ai par exemple vu l’ingéniosité d’un éleveur de porc, qui a mis en place un système de récupération du biogaz généré par le lisier de ses 4000 porcs.
Ce procédé simple, non seulement, rend son exploitation énergétiquement indépendante, mais permet de disposer de matières sèches pour l’amendement des sols et de vendre jusqu’à 15 000 €
d’électricité à EDP (Electricidad do Portugal).
Coté prévention des incendies, si comme chez nous, des patrouilles de plus en plus nombreuses, sillonnent le territoire à bord de véhicules tout terrains armés
pour la lutte contre les départs de feux,la plupart ont été créées par les associations qui regroupent propriétaires forestiers privés et public[2].
Cette prévention venue du terrain met en œuvre des patrouilles de sapeurs forestiers, bien équipées[3], connaissant parfaitement le territoire dont ils sont natifs. En hivers, en dehors des périodes de
veille et d’intervention, ils sont redéployés dans l’entretien des forêts et donc dans la production de biomasse broyée, à destination des centrales électriques. C’est toute une économie
pourvoyeuse d’emploi local, qui se met en place, grâce à des fonds publics, européens et privés. Mais l’objectif affiché c’est bien l’autofinancement de l’activité.
Les obligations de débroussaillement mises en place pour réduire les risques d’incendie, imposent comme en France, la réduction de la végétation, de part et
d’autres des voies de circulation, autour des habitations et 500 m autour des villages. En outre la biomasse laissée chez nous sur place après l’exploitation d’une coupe en forêt, doit
impérativement être retirée.
Cette immense masse de « déchets» végétaux, constitue donc une source considérable de bioénergie que le gouvernement portugais, entend bien valoriser par
la construction de 15 nouvelles centrales électriques à biomasse qui viendront s’ajouter aux 2 déjà existantes.
Si j’ajoute à ces actions :
- La multiplication des fermes éoliennes en montagne et
en ville,
- La mise en place de Zones d’Intervention forestières,
qui permettent aux associations et aux collectivités de mettre en place des plans de gestion forestières même en l’absence de propriétaires identifiés[4] des parcelles, dès lors que plus de 50% des propriétaires de la zone le décide,
- Le traitement des rémanents dans les zones peu
accessibles par des « feux contrôlés ».
- Le centre de recherche qui teste les différentes
biomasses et la meilleure façon de réaliser des combustibles agglomérés (Plaquettes, bûches, pellets),
Ce sont des années d’expérience sur les énergies renouvelables que ce pays est en train d’acquérir.
Souhaitons leur bonne chance… Et gardons le contact, ils ont beaucoup à nous apprendre…
Jean-Luc BAUDISSON
Porto, le 28 Juin 2007
[1] Le Portugal
importe aujourd’hui environ 15% de son électricité, le plan énergétique qu’il met en œuvre, en augmentant ses capacité hydroélectriques, en multipliant les fermes éoliennes et en construisant
des centrales à Biomasse, lui permettront de devenir autosuffisant et d’exporter 15% de sa production..
[2] Ces emplois
permanents, permettent des interventions rapides par des équipes toujours sur le qui-vive… De plus le salaire est régulier et ne dépends pas du nombre d’intervention, évitant ainsi les dérives
possibles…
[3] Quand j’ai visité
leurs installations, ils venaient de recevoir les GPS pour équiper tous leurs véhicules
[4] Problème courant
dans un pays qui a connu une importante émigration
Publié dans : Provence Verte
Vendredi 7 septembre 2007
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